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Souviens-toi, Etienne

This song is by Frédérik Mey and appears on the album Edition Française Vol.7 - Douce France (2005).

Souviens-toi, Étienne
Je débarquais ce matin-là
Ma petite valise sous le bras
Avec une ficelle autour et je restais muet et figé devant toi
Dans ce misérable bagage
J'avais emmené en voyage
Tous mes trésors, tous mes jouets
Quelques pauvres vêtements et mon chez-moi

Étienne, j'étais si malheureux
Que lorsque je défis le nœud
Soudain cet autre nœud serrant ma gorge sauta
Et bêtement je sanglotai
Et ce garçon, cet étranger
Sans me comprendre vint m'aider à déballer
Ma valise et il fit semblant de ne pas voir que je pleurais
Étienne, si seulement...
Étienne, si seulement...

Souviens-toi, Étienne
Comme on sillonnait ton village
Nous, la terreur du voisinage
J'étais ton frère jumeau plutôt qu'un hôte dans la maison de tes parents
Tout ce qui était interdit
Tout ce qui causait des ennuis
Nous attirait si fort que chaque punition n'était qu'un encouragement
On se moquait d'être punis
On s'occupait de nos zizis
Qu'on comparait dans les buissons
Près de l'écluse et de la maison délabrée
Et pour une bière, trois sucettes
Cinq chewing-gums, deux cigarettes
Nous admettions à notre spectacle la jeunesse locale enthousiasmée
Étienne, si seulement...
Étienne, si seulement...

Souviens-toi, Étienne
Avec tes mains nues, tu savais pêcher
Les truites et j'en restais bouche bée
Et un jour, nous avons surpris le boulanger et mademoiselle Yvonne
Dans leur nid d'amour, dans le blé
Et on les avait fait chanter tout un été
"Par ici les babas ou on en discute avec la patronne"
Et puis il y avait Maryse
Maryse, Maryse, cette indécise
Entre nous deux, Maryse la plus belle entre Privas, Mézillac et Le Puy
Mais si elle me souriait à moi
Elle n'avait d'yeux que pour toi
Et ce regard à fendre l'âme et tu disais "L'été prochain, je la séduis"
Étienne, si seulement...
Étienne, si seulement...

Si seulement, si seulement le temps
Rien que pour un instant
S'était arrêté ce jour-là
Si nous avions traîné avant de descendre dans l'escalier en cavalcade
Si le concierge avait fait durer l'engueulade
Si on avait partagé une cigarette
En feuilletant le livre interdit en cachette
Si seulement j'avais relacé mes chaussures
Rien qu'un instant et cette maudite voiture
Serait passée juste avant nous, sans percuter notre avenir
Sans briser tes espoirs et tes projets
Sans étouffer à jamais tous nos rires

Tu es là Étienne
Toi, tu as toujours tes douze ans
Tes beaux cheveux noirs ondoyants
Et tes longs cils et ton sourire, Étienne
Et j'ai les cheveux gris et je suis vieux
Je crois qu'on ne guérit jamais
On n'oublie rien du tout, tu sais
Le moindre de tes traits
Le moindre de tes gestes est
Toujours présent à mes yeux
Ce soir, je reviens au pays
Je bois à ta mémoire, ami
En levant mon verre aux étoiles
Et j'aime l'idée que tu me fasses
De là-haut, un p'tit clin d'œil, une grimace
Un sourire du fond de l'espace
À la tienne, Étienne, salut
À un de ces quatre matins, va
À bientôt

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