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Voir aussi la page Marcel Amont sur le site USDCF.org

La chanson « Le sous-préfet aux champs » a été interprétée par Marcel Amont


Paroles de la chanson :

Monsieur le sous-préfet est en tournée. Cocher devant, laquais derrière, la calèche de la sous-préfecture l’emporte majestueusement au concours régional de la Combe-aux-Fées.
Pour cette journée mémorable, monsieur le sous-préfet a mis son bel habit brodé, son petit claque, sa culotte collante à bandes d’argent et son épée de gala à poignée de nacre.Sur ses genoux repose une grande serviette en chagrin gaufré qu’il regarde tristement.
Hé, hé, monsieur le sous-préfet regarde tristement sa serviette en chagrin gaufré. Hin, hin, il songe au fameux discours qu’il va falloir prononcer tout à l’heure devant les habitants de la Combe-aux-Fées : "Messieurs et chers administrés…"
Mais il a beau tortiller la soie blonde de ses favoris et répéter vingt fois de suite:
"Messieurs et chers administrés…" la suite du discours ne vient pas.
La suite du discours ne vient pas, il fait si chaud dans cette calèche !
À perte de vue, la route de la Combe-aux Fées poudroie sous le soleil du Midi, l’air est embrasé et sur les ormeaux du bord du chemin, tout couverts de poussière blanche, des milliers de cigales se répondent d’un arbre à l’autre.
Tout à coup monsieur le sous-préfet tressaille. Là-bas, au pied d’un coteau, il vient d’apercevoir un petit bois de chênes verts qui semble lui faire signe.
Eh, le petit bois de chênes verts semble lui faire signe !
"Venez donc par ici, monsieur le sous-préfet, pour composer votre discours, vous serez beaucoup mieux sous mes arbres".
Monsieur le sous-préfet est séduit, il saute à bas de sa calèche et dit à ses gens de l’attendre, qu’il va composer son discours dans le petit bois de chênes verts.
Dans le petit bois de chênes verts il y a des oiseaux, des violettes et des sources sous l'herbe fine. Quand ils ont aperçu monsieur le sous-préfet avec sa belle culotte et sa serviette en chagrin gaufré, les oiseaux ont eu peur et se sont arrêtés de chanter, les sources n'ont plus osé faire de bruit et les violettes se sont cachées dans le gazon.
Hé, hé, tout ce petit monde-là n'a jamais vu de sous-préfet et se demande à voix basse "Quel est ce beau seigneur qui se promène en culotte d'argent ?". À voix basse sous la feuillée on se demande "Quel est ce beau seigneur en culotte d'argent ?".
Pendant ce temps-là, monsieur le sous-préfet, ravi du silence et de la fraîcheur du bois, relève les pans de son habit, pose son claque sur l'herbe et s'assied dans la mousse au pied d'un jeune chêne.
Puis il ouvre sur ses genoux sa grande serviette… de chagrin gaufré et en tire une large feuille de papier ministre.
"C'est un artiste" dit la fauvette
"Non -dit le bouvreuil- ce n'est pas un artiste puisqu'il a une culotte en argent, c'est plutôt un prince"
"C'est plutôt un prince" dit le bouvreuil
"Ni un artiste, ni un prince" interrompt un vieux rossignol qui a chanté toute une saison dans les jardins de la sous-préfecture. "Je sais ce que c'est, c'est un sous-préfet"
Et tout le petit bois va chuchotant "Oh, c'est un sous-préfet, c'est un sous-préfet, sous-préfet, sous-préfet…" Les Violette demandent "Est-ce que c'est méchant ?". "Est-ce que c'est méchant ?" demandent les violettes. Et le vieux rossignol répond "Pas du tout !". Et sur cette assurance les oiseaux se remettent à chanter, les sources à courir, les violettes à embaumer comme si le monsieur n'était pas là.
Impassible au milieu de tout ce joli tapage, monsieur le sous-préfet invoque dans son cœur la muse des comices agricoles et le crayon levé commence à déclamer de sa voix de cérémonie
"Messieurs et chers administrés", "Messieurs et chers administrés" dit le sous-préfet de sa voix de cérémonie puis il reprend de plus belle "Messieurs et chers administrés".
"Messieurs et chers administrés" a repris le sous-préfet de plus belle.
Mais alors voilà les petites violettes qui se haussent vers lui sur le bout de leurs tiges et qui lui disent doucement
"Monsieur le sous-préfet, sentez-vous comme nous sentons bon ?" et les sources lui font sous la mousse une musique divine, et dans les branches, au-dessus de sa tête, des tas de fauvettes viennent lui chanter leurs plus jolis airs, et tout le petit bois conspire pour l’empêcher de composer son discours.
Tout le petit bois conspire pour l’empêcher de composer son discours.
Monsieur le sous-préfet grisé de parfum, ivre de musique essaye vainement de résister au nouveau charme qui l'envahit. Il s'accoude dans l'herbe, ah, dégrafe son bel habit balbutie encore deux ou trois fois "Messieurs et chers administrés… Messieurs et chers ad… Ah, messieurs heu, ah ! Et chers ad…"
Et puis il envoie les administrés au diable et la muse des comices agricoles n'a plus qu'à se voiler la face.
Voile-toi la face, ô muse des comices agricoles.
Lorsque au bout d'une heure les gens de la sous-préfecture, inquiets de leur maître, sont entrés dans le petit bois, ils ont vu un spectacle qui les a fait reculer d'horreur.
Monsieur le sous-préfet était couché sur le ventre, dans l'herbe, débraillé comme un bohème. Il avait mis son habit bas et tout en mâchonnant des violettes, monsieur le sous-préfet faisait des vers.
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