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Voir aussi la page Bernard Joyet sur le site USDCF.org

La chanson « Ma Bible » a été interprétée par Bernard Joyet
et apparaît sur l'album Au temps pour moi ! (2004)

Paroles de la chanson :

Il m'arrive, durant ma vie de saltimbanque,
De me retrouver seul à l'hôtel dans mon lit
Pour dissiper l'angoisse et combler quelques manques
Jusqu'au petit matin, insomniaque, je lis

En quête, l'autre soir, d'une saine lecture
Pour m'enrichir un peu et juguler l'ennui
J'ai trouvé par hasard les Saintes Écritures
Posées négligemment sur la table de nuit

L'objet, de prime abord, pourrait paraître austère
Aucune illustration pour mettre en appétit
Le titre sur le cuir est en gros caractères
Hélas, à l'intérieur, c'est écrit tout petit

L'œuvre, à certains égards, côté rocambolesque,
Fait penser à Tintin, l'immortel vadrouilleur
Et pour venir à bout d'un travail titanesque
Comme chez Sulitzer, l'auteur était... plusieurs

Malgré crimes, larcins, trahisons, impostures
Incestes, viols, complots, batailles sans merci
Massacres, macchabées, tortures, forfaitures
Une certaine éthique habite le récit

On peut y déceler quelques invraisemblances
Mais l'intrigue est complexe, hérissée d'inventions
Et, tout bien réfléchi, ça n'a pas d'importance
C'est le lot habituel des romans de fiction

Dès qu'un drame survient, qu'un incident éclate
On peut les repérer sur le calendrier
A chaque événement correspond une date
Dans la plupart des cas, c'est un jour férié

Le lecteur est conquis dès la première page
A peine commencée, l'histoire tourne mal
Après l'intervention qui perturbe un ménage
D'éléments extérieurs, un fruit, un animal

Inévitablement pour perpétuer l'espèce
Caïn doit s'accoupler à l'un de ses parents
Si ce n'est cet instant de petite faiblesse
On ne note aucun signe immoral apparent

Neuf cent trente ans de vie, c'est une peccadille
Sûr qu'il y avait foule à son enterrement
Pour y coucher tous les membres de sa famille
Adam dût rédiger un bien long testament

Ève est belle à croquer mais peindre la Genèse
Demande un minimum d'études et de savoirs
Émules de Manet, Delacroix, Véronèse,
Effacez ce nombril que je ne saurai voir !

Tout bien vérifié, je persiste et je signe
Récemment, dans la rue, j'ai tenté quelques pas
Habillé simplement d'une feuille de vigne
Sans l'aide de la main, l'affaire ne tient pas

Vous me pardonnerez de passer sous silence
Appendices, sermons, poèmes, élégies
Et, par un raccourci, venir au fer de lance
Au passage essentiel de cette anthologie

J'ai quelques réticences à croire qu'une vierge
Puisse se retrouver sans une opération
Enceinte jusqu'aux yeux sans avoir vu la verge,
Quel imparable obstacle à la contraception !

J'imagine Joseph agitant sa varlope
Invectivant Marie devant son ventre rond
"Immaculée ? Mon cul ! Tu m'as trompé, salope !
Si c'est le Saint Esprit, je suis Napoléon !"

L'érotisme est partout qui nous tient en haleine
Les époux du Cantique ont des refrains galants
La belle Sulamite et Marie-Madeleine
Ont le regard brûlant et le corps ondulant

Il suffit de deux mots et voilà qu'on s'égare
La multiplication des pains m'a dérouté
Fébrile, j'attendais une bonne bagarre
Le coup du magicien est ma foi bien monté

N'étant pas, Dieu merci, de ceux qui font les pitres
En brocardant voyance et fantasmagorie
Nous laissons à l'auteur libre voix au chapitre
Évitons le procès de la sorcellerie

C'est la phase enchantée, un héros plein de charme
Pratiquant la manie et l'abracadabra
D'un geste, d'un clin d'œil vous sauve, vous désarme
L'infaillible Zorro guérit à tour de bras

Infirmes, sourds, lépreux, bègues, paralytiques
Aveugles, esprits impurs, belles-mères, impotents
Ici c'est un manchot, là un épileptique,
Et là, plus fort encore, c'est tout en même temps

La scène de la Cène est plutôt lamentable
Où l'on va démasquer le disciple infidèle
Mais on est trop nombreux quand on est treize à table
Il en est toujours un pour foutre le bordel

Je frissonne d'effroi au moment du partage
"Mangez ça, c'est mon corps ; buvez ça, c'est mon sang"
Me voilà tour à tour vampire, anthropophage !
Ce morceau d'épouvante est vraiment oppressant

On soigne le détail esthétique et pratique
Tout est en harmonie, admirez cette croix
Ses lignes épurées, sa forme ergonomique
Agréable à porter, maniable de surcroît

Qu'aurait dit Jésus face à des énergumènes
Au mépris du confort et de son embarras
Lui tendant lâchement une croix de Lorraine ?
"L'engin est mal foutu, je n'ai pas quatre bras !"

Sans dévoiler la fin, par ailleurs fantastique,
J'avoue que subjugué par un déferlement
De désordres violents voire apocalyptiques
J'en suis resté béat, c'est un vrai monument

J'écrirais un papier si j'étais journaliste
Je ferais volontiers de la publicité
En inscrivant l'ouvrage en tête de la liste
Des bouquins qu'on peut lire à la plage l'été

Pour l'œil inquisiteur, la critique est facile
Tout comme Saint Thomas, j'ai des doutes parfois
Mes propos ne sont pas paroles d'Évangile
Le profane est sceptique en toute bonne foi

Partout dans mes tournées, désormais, je l'emporte
C'est mieux que la télé débitant ses navets
Mon Amérique à moi, ma Bible en quelque sorte
Mon guide, mon sauveur, mon livre de chevet

Et si je vous convainc et vous sensibilise
Alors pensez à moi quand vous le dévorez
Je convie les bigots, les grenouilles d'église
A lire un exemplaire et à s'en inspirer

Oh ! je vous vois venir, athées de pacotille
Avec vos gros sabots, comme des bulldozers
C'est vrai que ces gens-là bouchent leurs écoutilles
Mais tant pis, j'aime bien prêcher dans le désert

Prêcher dans le désert !
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